Verger'art

28 septembre 2012

le poeme du sculpteur d’ Emile Antoine BOURDELLE

Publié par vergerard dans Citations

Prendre le doux limon, blonde chaire de la terre ;

Ployer les deux genoux pour l’hymne solennel ;

Me souvenir qu’Adam, mon aïeul paternel,

Naquit de ce limon pétri par dieu le père,

Et tacher d’égaler le grand maître éternel ;

Enfant du sol sacre, comprendre la nature ;

Tailler le buis rustique à l’ombre du coteau ;

Parfaire une musette avec un bon couteau,

Simple pâtre, vivant laitage et d’eau pure,

Aimant moins les mortels que mon petit troupeau ;

Et, le soir, enroule dans mes grossières toiles,

A travers les grands bois, la ronce, et le genet,

Conduire mes moutons sous le toit de galet

Et m’endormir, ayant sur mon front les étoiles

Et le rocher poli pour austère chevet ;

Prendre l’argile agreste en mes mains exercées

Et, potier merveilleux, faire éclore soudain

Toute une floraison d’urnes de kaolin,

De grands vases trapus, d’amphores élancées,

Fleures vivaces, formant un magique jardin ;

Ciseler, en tremblant, dans une pierre antique,

Une bague très fine, aux multiples couleurs ;

Y graver avec soin des oiseaux et des fleurs ;

Faire de cette bague un symbole mystique,

Doux comme un soir d’automne et pur comme les pleures ;

Découper dans l’albâtre en troupes vagabondes

Les sylvains des forêts et les nymphes es eaux ;

Mêler, parmi les lys et les souples roseaux,

Des fronts extasiés sur des poitrines rondes,

Et l’amour, éclairant les nids sous les rameaux ;

Dessiner sur l’onyx des idylles divines ;

Imprimer dans l’or pur le trait définitif

Que Phildas rêveur, Michel Ange pensif,

Cherchaient, se torturant l’âme sur les épines

Et que ne pu trouver leur génie attentif ;

Ciseler dans le fer la strophe impérissable ;

Fanatique ouvrier, avec mon propre sang,

Écrire le vers fauve, amer et rugissant

Du poème divin, entier, inattaquable,

Où passe en plein azur Pégase hennissant ;

Pénétrer les forêts profondes et mouvantes ;

Chercher pieusement tous les grands arbres morts,

Donner à coups de hache une âme a ces grands corps

Et les faire revivre en postures souffrantes,

Tordant leurs bras meurtris et qui sont restes fort ;

Tailler le roc inerte arrache des montagnes

Et faire ce bloc, massif, rugueux et gourd,

Un colosse, appuyant dans ses mains son front lourd,

Spectre sombre, qui veuille au dessus des campagnes,

Ployant son torse fruste aussi grand qu’un tout ;

Dans un moule divin, jeter un front stoïque,

Un front de bronze et d’or, et de cuivre alliés,

Une figure ardente et droite sur ses pieds,

Et qui dresse très haut, dans un geste héroïque,

Son épée éclatante aux cieux incendiés ;

Eriger dans l’azur, comme un rêve de givre,

La blanche cathédrale, arbre où niche les saints ;

Enrouler les rinceaux autour des vitraux peints

Et faire flamboyer dans l’horizon du cuivre

La mère de Jésus, levant vers Dieu ses mains ;

Sois la nef, dans l’essor craintif de la prière,

 Dresser sur son cheval, en des gestes altiers,

 L’archange de la mort ; droit sur ses étriers,

 Comme ces grands guerriers que taille dan la pierre

 Le ciseau merveilleux des humbles imagiers ;

Puis ayant travaillé pour la joie éternelle,

Semeur, dans les sillons de la foule au sein noir

Ayant jeté le grain sacre de mon espoir

 D’où naîtra la forêt de la flore immortelle ;

Aller sur la montagne, et dans la paix du soir,

Creuser mon dernier lit dans une grande pierre,

Sans simulacre vain, sans futile flambeau,

Et dire, agenouillé sur le bord du tombeau :

Terre, reçois ton fils et reprends ta poussière.

 La tombe aura pour moi la douceur du berceau.

 Emile BOURDELLE

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